• In memoriam Jean Renard (1936-2020)

    Spécialiste reconnu de la géographie rurale et sociale, enseignant-chercheur pendant plus d'un tiers de siècle à l'université de Nantes où il a formé des générations de géographes, Jean Renard est mort le 31 décembre 2020. Les associations vendéennes du mouvement FNE lui rendent hommage, en rappelant son engagement à leurs côtés à l'époque où se créaient sur le littoral des comités locaux en réaction à une fièvre urbanistique n’épargnant ni les dunes, ni les forêts domaniales. Une proximité qui ne s'était jamais démentie.

    In memoriam Jean Renard (1936-2020)

    Jean Renard en 2007 (photo : Nayef, licence CC-BY-SA)

    Les associations de défense de l’environnement du réseau FNE vendéen ont appris avec tristesse la disparition de Jean Renard, qui, très tôt dans sa carrière universitaire, a beaucoup apporté à leur action.

    Enseignant-chercheur en géographie à l’université de Nantes et résidant alors à Talmont-Saint-Hilaire, il adhère dès 1972 au Comité pour la Protection de la Nature au Pays des Olonnes (fondé en 1971) puis intervient en 1973 lors d’un colloque d’où naîtra quelques mois plus tard une association départementale regroupant les comités locaux qui se créent en réaction à une fièvre urbanistique littorale n’épargnant ni les dunes, ni les forêts domaniales.

    Il accepte en 1974 la présidence du comité olonnais qui prend le nom d’Association pour la Protection de la Nature au pays des Olonnes (APNO). Ce n’était pas sans courage, à une époque où les universitaires préféraient le plus souvent se tenir en marge de l’agitation du monde qu’ils étudiaient. Au cours de sa présidence, il publie de nombreux articles, s’inquiétant ouvertement des conséquences du développement désordonné du tourisme balnéaire sur le littoral vendéen, au détriment des milieux naturels mais aussi des activités permanentes. Il intervient souvent auprès des autorités – Préfet, Ministre, et même en 1976, Président de la République – pour s’élever contre l’incohérence entre les décisions annoncées en matière d’aménagement du littoral et leur traduction sur le terrain, réclamer une réforme de l’enquête publique, demander le classement de sites, protester contre le passage du récent Ministère de l’Environnement sous la tutelle de celui de l’Équipement… Il se montre critique de la conduite des remembrements agricoles dans le Bocage, dont il pointe les dangers dès lors qu’ils sont conçus selon une logique de table rase, avec des méthodes s’appliquant aux pays d’openfields.

    La vigueur de ses propos, reposant sur des analyses irréfutables, stupéfie les élus locaux sûrs de leurs positions, et donne du poids à l’action des associations de défense de l’environnement.

    Appelé à de hautes fonctions universitaires, il quitte la présidence de l’APNO en 1980. La suite de sa carrière l’amènera à s’impliquer dans le débat public à d’autres niveaux, comme par exemple à propos du projet d’aérodrome de Notre-Dame-des-Landes, selon lui « projet du passé, projet dépassé ».

    À l’occasion de rencontres ultérieures, nous l’avons retrouvé tel que nous l’avions connu, simple d’accès, bienveillant, encourageant les plus anciens d’entre nous à écrire l’histoire de la défense de l’environnement en Vendée, car il jugeait indispensable que reste trace des multiples combats menés.

    Après sa retraite, il consacre encore plusieurs ouvrages à la géographie régionale, dont en 2005 : « La Vendée, un demi-siècle d’observation d’un géographe », synthèse de ses précédents travaux consacrés au département ; un livre dans lequel il soulignait à quel point l’aménagement de celui-ci au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle avait manqué de vision d’ensemble.

    En 2011, à l’occasion du 40 anniversaire de l’APNO, il écrivait :« Nous avons eu raison trop tôt quant aux problèmes d’aménagement et de défense du littoral, à lire aujourd’hui les discours des politiques. Mais c’est le lot de ceux qui anticipent ! » Analyser les problématiques du présent en se préoccupant des répercussions sur le long terme de nos choix, tel est bien le rôle des associations de protection de la nature de l’environnement.

    Jean Renard s'était très tôt engagé dans une recherche et un enseignement qui le positionnaient au-delà du rôle d’observateur, et l’amenaient à prendre parti voire à dénoncer les erreurs de perspective. Sa géographie s’est voulue citoyenne, le scientifique contribuant par ses travaux à éclairer le débat public sur les questions sociales et d’aménagement. Cette dimension civique de son œuvre restera une source d’inspiration.

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  • Commentaires

    2
    Huguet Thierry
    Lundi 11 Janvier à 13:49

    Bel article sur une belle personne ! Où est publié son livre de 1999?

      • Mardi 12 Janvier à 09:21

        Publié aux Presses Universitaires de Rennes en 2005 (erreur de date rectifiée dans l'article).

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