• Estuaire et marais du Payré : la passerelle de la discorde

    La LPO et Vendée Nature Environnement s’inquiètent du manque d’informations et de concertation sur le projet que poursuit le département de la Vendée de créer une voie cyclable au travers des marais et de l’estuaire du Payré (communes de Talmont-St-Hilaire et Jard-sur-Mer).

     Estuaire et marais du Payré : la passerelle de la discorde

    Carte du tracé actuel de la Vélodyssée et des enjeux du site.

    POUR UN DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE RESPECTUEUX DES MILIEUX NATURELS ET DES PAYSAGES

    La Vendée accueille chaque année de nombreux visiteurs, faisant du secteur touristique un des moteurs de l’économie du département. Les raisons sont multiples ; la qualité des paysages naturels participe incontestablement de cette réussite.
    Nos associations ont toujours milité en faveur d’un développement des équipements touristiques qui respecte les milieux naturels et leurs composantes, la qualité des paysages.


    L’ESTUAIRE ET LES MARAIS DU PAYRÉ :
    UN COMPLEXE ÉCOLOGIQUE ET PAYSAGER UNIQUE

    L’estuaire du Payré et les milieux connexes (bois du Veillon, pointe du Payré, marais du Talmondais) constituent un complexe paysager unique, régulièrement mis en avant comme vitrine du littoral vendéen. Il bénéficie de la protection de la loi de 1930 sur les monuments naturels et les sites1. S’y ajoutent les désignations par l’État au titre de Natura 2000, les acquisitions du Conservatoire du Littoral au titre de son domaine protégé, ainsi que celles du département au titre des espaces naturels sensibles.


    LA VÉLODYSSÉE : UN PARCOURS TRÈS FRÉQUENTÉ EN TALMONDAIS

    Ce site est traversé par la Vélodyssée, véloroute de grande itinérance reliant Roscoff à Hendaye, qui emprunte différents types de voies balisées et voiries à faible circulation, en site propre ou en voie partagée. Sa fréquentation est en pleine expansion (+22 % depuis 2013).
    Entre Bourgenay et Jard-sur-Mer, la branche sud de la Vélodyssée est aménagée en site propre jusqu’au village de la Guittière. Entre la Guittière et la Vinière, elle utilise une voie du domaine public communal dominant le marais, puis un chemin rural permettant la traversée d’un secteur de ce dernier ; elle parcourt ensuite des aménagements dédiés conduisant vers Saint-Hilaire-la-Forêt.
    Ce tronçon talmondais est l’un des plus fréquenté de la Vélodyssée2. Il offre aux usagers les points de vue paysagers les plus intéressants depuis les coteaux dominant les marais.

    TRAVERSER L’ESTUAIRE…

    Le conseil départemental projette la création en site propre d’une variante totalement nouvelle, qui supposerait l’implantation d’une passerelle enjambant la barrière naturelle du chenal et de l’estuaire du Payré, séparative des deux communes de Talmont-Saint-Hilaire et Jard-sur-Mer.
    À ce jour, nous n’avons été associés à aucune démarche de concertation, ni même été informés d’aucune proposition de tracé ou d’aménagement. Un tel état de fait est pour le moins surprenant au vu des questions soulevées par ce projet, qui concerne diverses parties prenantes.
    Nous tenons donc à exposer directement notre analyse des perspectives d’aménagement de ce tronçon de la Vélodyssée.


    … AUX DÉPENS DE LA QUALITÉ PAYSAGÈRE ET DES ENJEUX ÉCOLOGIQUES DU SITE ? 

    Quoique divisé réglementairement en deux parties (site classé et site inscrit), l’entité paysagère de l’estuaire du Payré et ses milieux connexes forment un site homogène et interdépendant. Un aménagement impactant la partie en site inscrit se répercutera inévitablement sur la qualité du site classé.

    La qualité paysagère et environnementale du site découle de facteurs multiples et en premier lieu du fonctionnement naturel de l’estuaire. La circulation et la rencontre des eaux du bassin versant et des marées, un vaste espace d’expansion des crues, une dynamique sédimentaire importante et un méandrage actif donnent, à ce site son caractère unique.

    Nous rappelons que l’estuaire du Payré est le dernier estuaire sans barrage ou porte à marée, entre la Loire et la Gironde.

    Ce fonctionnement naturel permet à une faune et une flore spécifique de se développer. À ce titre, l’estuaire du Payré accueille plusieurs habitats d’intérêt communautaire3 qui ont justifié la création du site Natura 2000 FR5200657 - Marais de Talmont et zones littorales entre les Sables-d'Olonne et Jard-sur-Mer4.

    Les zones de prés salés en bordure du l’estuaire forment une zone de tranquillité pour la faune sauvage, notamment les laro-limicoles migrateurs et nicheurs qui y trouvent une zone de halte et d’alimentation appropriée. La présence de la Loutre d’Europe est avérée dans les marais du Payré.

    Pour ces motifs, la zone doit impérativement être préservée de tout dérangement massif....

    AU REGARD DES ENJEUX ÉCOLOGIQUES ET PAYSAGERS DU SITE, TOUT PROJET D’AMÉNAGEMENT DOIT D’ÉVIDENCE FAIRE L’OBJET D’UNE APPROCHE PRIVILÉGIANT L’ÉTUDE D’ALTERNATIVES ET RECHERCHANT EN PRIORITÉ L’ÉVITEMENT DES IMPACTS.

    En outre, l'estuaire, espace d'expansion des crues, est également soumis au  risque de submersion marine. Les cotes atteintes lors de la tempête Xynthia et la submersion par surverse d’une bonne part des marais du Payré implique qu’une passerelle, outre la création d’embâcles, devrait être soit surélevée au-dessus du niveau des digues actuelles (et serait donc très visible dans un paysage de marais), soit submersible avec tous les risques de sécurité publique inhérents.

    Nous souscrivons à la volonté des pouvoirs publics de faciliter le développement de la pratique du vélo comme mode de déplacement écologique et de tourisme « doux ».

    Nous considérons cependant que doit être privilégié le tracé actuellement fonctionnel de la Vélodyssée, tel que décrit plus haut. C’est celui qui impacte le moins les milieux naturels et qui respecte le mieux la spécificité paysagère du site. Il est sans doute, dans son principe actuel, susceptible d’améliorations, en aménageant notamment des lieux d’étape, des lieux de stationnement, d’observation, etc., valorisant des points remarquables d’intérêt ainsi que l’activité ostréicole aux abords des « cabanes » du Port de la Guittière.

    C’est donc dans ce sens que nous appelons à une réflexion ouverte et partagée sur l’ensemble de ces questions, dans le cadre notamment de l’Opération Grand Site en cours de préparation.

    _________

    1 Site inscrit des marais et villages du Veillon, arrêté du 15 mai 1975 ; site classé de la pointe du Payré, marais et bois du Veillon, arrêté du 5 novembre 1976.

    2 Moyenne observée de 321 passages journaliers en 2017. Mangin S., Appercel D., avril 2018. Analyse des données de fréquentation vélo 2017. Départements & Régions cyclables, 2018, 27 pages.

    3 Habitat 1130 – Estuaire ; habitat 1150 – Lagune en mer à marée (habitat prioritaire) ; habitats 1310, 1320, 1330, 1340, 1410 et 1420 – Végétations des différents stades de prés salés, etc.

    4 MNHN, Formulaire Standard de Données du site FR5200657, consulté le 27/01/2019 sur www.inpn.fr


     


     

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